Parcours : Né en 70 à Monthey, il a commencé le tambour à 5-6 ans, s'est intéressé ensuite à la guitare à 6 ans, sans vraiment accrocher, puis a fait du piano près de 7 ans. Mais il n’appréciait pas beaucoup le déchiffrage, et progressivement il s’est détaché de cet instrument.
L’inde et les tablas
Il découvre les tablas par les concerts de Zakir Hussain Khan, de son père Ustad Alla Rakka, et lors d’un concert de sarod (magnifique instrument avec manche en cuivre, fretless) d’Ali Akbar khan, accompagné aux tablas par Swapan Chaudhuri. C’est après avoir vu ces quelques concerts, qui l’ont littéralement envouté, que fut prise la décision d’étudier les tablas.
En 91, il part en Inde, avec en poche l’adresse d’un maître de tabla, pdt Ishwar lal Mishra, à Benares. Son premier séjour dure 6 mois. Durant cette période, il se rend compte que la matière mériterait bien 10 ans d’investissements à la culture , au pays, à ses codes. Et il sait désormais que bien des années de sa vie seront indiennes.

En 2000, après avoir pris sept ans de cours de tablas à Benares, entrecoupés de brefs retours en Suisse, il retourne en Inde simplement pour voyager dans le pays. Cette fois, direction le sud, pour se frotter à une culture complètement différente, à d’autres musiques et d’autres instruments, les percussions carnatiques de style classique indien. Il étudie donc ces percussions du sud, ou la musique est au service du rythme, en travaillant une dizaine d’instruments.
Il s’inscrit notamment au KCP, le karnataka college of percussions de Bangalore (la silicone valley de l’inde !) où il y passera quelques mois, avec des cours intensifs, auprès de profs drillés par une société et une mentalité bien opposée à celle du nord. Entre ces deux régions, l’esprit musical est très différent, et parfois un langage commun sera interprété d’une toute autre manière. Il est donc inutile de penser travailler ces deux styles simultanément, tellement la matière de chaque région est importante.
Dans cette école (KCP), il a étudié le kanjeera (petit tambour fait d’une peau de lézard qu’il faut humidifier pour y changer la tension de la peau, donc du son... ce tambour se joue à une main), le mridangam, le ghatam (cruche alliage de métal à l’intérieur) et le thavil (plus sophistiqué, qui se joue avec une baguette à la main droite, et des dés en fibre à chaque doigt de la main droite), le khol, le konokol (langage parlé). Il y est resté quelques mois, à suivre des cours intensifs chaque jour.
Dans cette Inde du sud, le culte du travail, des horaires, de l’ordre est bien plus présent. Tout y est plus sévère, plus austère. Et leur percussion s’en ressent. Elle est plus rigide, très mathématique, avec peu de place pour l’émotion, avec des phrasés qui parfois n’en finissent plus. Travaillés au métronome, avec un musicien qui donne le tempo continuellement. Ils jouent d'abord isolés, puis ensemble, ce qui donne finalement des murs de percussions impressionnantes. C’est une musique plutôt réservée a une élite, vu sa complexité. Tous ces tambours classiques s'utilisent en accompagnement des ragas (compositions, thème et improvisation) et pour la danse du sud (le Baharatnatyam)
A côté de ce monde musical assez fermé, on retrouve dans les villes et campagnes les musiques traditionnelles populaires, que les musiciens jouent au quotidien, avec encore d’autres tambours. Pendant ces voyages initiatiques en Inde, il rencontrera beaucoup de musiciens folkloriques et des musiciens de rues, qui vont lui apprendre le maniement d’autres instruments traditionnels, beaucoup de tambours à baguettes, dont le nakara, qui à l'époque se jouait dans la cour des grands maharadjas et sultans de l'Inde, et lors des cérémonies religieuses sacrées ou profanes.
Retour en Suisse en 2001. Depuis, il a pu suivre à plusieurs reprises des cours avec Nayan Ghosh. Ce bengali d’origine, grand maître de tablas, est responsable d’une école à Mumbay (Bombay), et il est un musicien exceptionnel, reconnu mondialement. C’est un grand maître de tablas et de sitar, ce qui est assez rare, un maître de ce niveau passant sa vie sur un seul instrument. C’est grâce à des amis communs qu’ils se sont rencontrés, et que Nayan Ghosh a accepté de le prendre dans ses cours, lors de différentes tournées en Suisse
Son école de musique, créée avec son père, est subventionnée par le gouvernement indien, et dispose d’un institut de recherche. Avec des séminaires faits par les meilleurs musiciens du pays. En 2006, près de 500 élèves y étudiaient auprès de 17 professeurs de renoms, pour 3 cours différents : les tablas, le sitar et le vocal.
Pour commencer l’étude des tablas, on apprend les compositions (des bribes de phrases rythmiques) dans toutes les variations possibles. Par ex, avec une composition simple qui part d’une séquence de 5sec, lorsqu'on lui rajoute ses différentes variations et combinaisons possibles, cette compo peut finir par durer 15 min. Tout est assez systématisé dans cette musique, et la limite en est la créativité, et la capacité mentale de l’exécutant pour y trouver toutes les variations possibles.
Par exemple, la 1ère compo des tablas, la plus simple à étudier :
les variantes possibles de cette phrase peuvent permettre un nombre de plus de 260 (paltas) variations différentes. Et il existe des milliers de compositions, bien plus complexe, dont on peut imaginer aisément le temps que peut prendre encore le langage utilisé pour évoluer sur des décennies, des siècles. Dans le répertoire des tablas, d'autres styles de compositions classiques, sont créés par des musiciens qui s'inspirent de la vie, de la nature pour les composer.
Concernant la transmission de ce langage musical : au début de l’apprentissage, on prend des notes des phrasés de compos, mais plus cela avance, plus il est difficile de l’écrire sur le moment. Donc il faut très vite pouvoir assimiler mentalement les formules à la première écoute. Avec les années d’entraînement on peut retenir une compo d’une page, sans prendre de notes.
Parcours musical en Suisse :
- tabla en solo, accompagnement (sangat) d'instrumentistes, vocalistes et danseurs kathak indiens de passages dans toute la Suisse.
- en projet, pour l'expérience : tablatronic, groupe avec lequel il passe ses tablas au travers de filtres divers, avec la complicité d'ingénieurs de son. Il est assez fan de musique électro.
- il joue avec un rock band de Martigny, UKCH (ex irratics) www.UKCH.net
- participe à Jamka en temps que batteur. Il a gardé ce plaisir de jouer de la batterie pour le fun, et il est plutôt batteur d’expériences, de mouvements, d’ambiance.
- Il lui est arrivé également de jouer avec des musiciens turcs de passage.
Projets :
Après 15 ans de pratique intensive des tablas, et par le fait que le maître Nayan Ghosh ait accepté de le prendre dans son école, il a en projet son retour en Inde, à Mumbay en 2007. Il désire ainsi passer les degrés qui lui manquent pour accéder à la virtuosité, soit environ 4 ans d’études. Il sera le seul occidental pour près de 500 élèves. Stephan parle bien sûr couramment l'indi.
e-mail : sandeep.kumar@freesurf.ch