Interview

Interview réalisée par Larry Giroud, dans le cadre d'un travail de classe concernant la découverte de métiers. Pour la classe ME 2 A, CFP de Sion. Février 05.


Jean-Michel Cherix est professeur de musique a Monthey. Il habite avec sa famille dans une maison qui surplombe cette ville. Sa femme et ses enfants partagent la même passion que lui, la musique.

Larry Girod : Jean-Michel, peux-tu nous décrire en quoi consiste ton métier ?

Jean-Michel Cherix : A enseigner la musique, notamment la guitare électrique, la guitare acoustique, la basse, la batterie et les percussions. En marge de ces cours, il faut bien sûr entretenir toutes les méthodes, suivre l’évolution de ces instruments, des grands musiciens qui en jouent pour les inclure dans les cours. Et le fait que l’école produise ses élèves en concert, une version acoustique et une version rock demande de rechercher chaque année environ 60 morceaux, et d’écrire les différentes partitions pour chaque instrument.

LG : quelle formation as-tu suivi pour enseigner ?

JMC : j’ai commencé à apprendre la musique à l’âge de 6 ans, par l’étude du violon, puis du tambour, et enfin la trompette. Vers l’âge de 12 ans, je me suis mis à la batterie en autodidacte, car il n’existait pas de cours à l’époque. A 14 ans, toujours en autodidacte, j’ai appris la guitare électrique, et la basse, ainsi que les arrangements des morceaux en déchiffrant à l’oreille des dizaines de morceaux de groupes de cette période des années 70 à 80. Ensuite j’ai travaillé le piano et les percussions afro-cubaines, toujours en déchiffrant les disques. C’est à 20 ans, par soif de découverte de la musique classique, que j’ai pris des cours de guitare classique, de solfège et de percussions au conservatoire de Sion. Après quelques années, j’ai obtenu mon certificat de guitare classique et solfège à Sion.

LG : quelles ont été tes principales motivations qui t’on conduit à cette activité ?

JMC : Un pur hasard ! A vingt ans je n’aurai jamais pensé en faire ma profession, puisque j’ai suivi une école d’infirmier en psychiatrie et que j’avais une bonne situation à l’hôpital de Malévoz. Le fait que de plus en plus de gens me demandaient de leur donner des cours, à un moment donné, il n’était plus possible de faire les deux, travailler à l’hôpital la journée, et donner des cours le soir et les jours de congé, en étant marié et avec deux enfants. Un jour il a bien fallu choisir-

• LG : A quel moment t’es-tu dit que tu voulais faire professeur de musique ?

JMC : Alors que je cherchais un prof de batterie, et c’était une denrée très rare, j’ai été jusqu’à Morges, pour y suivre un cours d’un batteur très connu de la radio. Cours collectif, une quinzaine de jeunes batteurs étaient présents pour y réciter à tour de rôle une phrase écrite sur un tableau. J’avais pris l’option avancée, c’était plutôt un niveau de débutant et ce cours a été une révélation. Je m’étais déplacé jusqu’à Morges en train pour rien, mais en rentrant je me suis décidé à donner des cours, et à ouvrir mon école de musique.

LG : Quels sont les principaux inconvénients dans ce métier ?

JMC : Avec le bonheur que ce travail me procure, pour moi il n’y en a pas beaucoup. Mais dans cette profession, c'est principalement la fatigue et la lassitude qui pourraient devenir des inconvénients. Et rendre le métier difficile au fil des ans. Pour moi, cela n’a rien à voir, du fait que j’enseigne 5 instruments différents, avec pour chacun, du niveau de débutant a avancé voire très avancé. Donc les demi-heures de cours ne se ressemblent pas, ce qui rend le travail toujours agréable. Et le fait que je n’ai pas toujours la même position, les mêmes phrases à dire, les mêmes morceaux à travailler, comme un prof de guitare ou de piano par exemple. En outre, avec les concerts que j’organise, cela coupe mes années de travail avec les répétitions que ces concerts impliquent. Répétitions très agréables malgré l’énorme travail que cela demande.

• LG : Et à l’inverse, les satisfactions ou avantages ?

JMC : La satisfaction de voir des élèves avec qui je m’entends très bien, de connaître une grande partie des musiciens de la région, d’avoir des contacts privilégiés avec beaucoup d’entre eux, de garder ces contacts très longtemps, et quand ils fondent une famille, de continuer à les voir…. Le plus grand avantage pour moi est de connaître des centaines de gens vraiment sympas avec qui on a partagé d’excellents moments par le biais des concerts et des fêtes. Et aussi chaque année de voir de nouvelles têtes. Les avantages ne sont même pas musicaux pour moi, ils sont plutôt humains.

• LG : Comment peux considérer la profession ? Est-ce plutôt un loisir ?

JMC : chaque prof le voit différemment. Pour beaucoup, ils avaient le désir d’être musicien professionnel, mais cela est impossible en Suisse, ou extrêmement difficile. Donc après avoir essayé, ils se mettent à enseigner pour vivre. Mais enseigner un instrument, ne permet pas de bien vivre, il n’y a pas assez d’élèves pour pouvoir assurer un loyer, avoir une famille, et les charges de la vie courante. Pour moi, comme j’ai répondu précédemment ce ne sont pas les mêmes données à la base. Ce qui rend mon travail très agréable, et qui devient un loisir c’est vrai. Mais les autres profs que je connais ne sont pas tous dans la même situation.

• LG : Crois-tu que ce métier ait de l’avenir ?

JMC : aucune idée. Pour moi il semble que chaque année est meilleure que la précédente depuis 24 ans que j’enseigne, c’est assez extraordinaire. Mais pour les autres, c’est assez dur de vivre de musique. Et la plupart ont des petits jobs pour s’assurer leur fin de mois, même si c’est dans la musique (faire des séances en studio, jouer dans des groupes de reprises de groupes connus dans des coins de bistrots ou petites salles, donner des cours dans des écoles et collèges….)

• LG : que conseillerais-tu à un jeune qui voudrait ce lancer dans cette voie ?

JMC : la première chose, mais la plus importante : d’apprendre d’abord un métier, d’avoir un papier dans les mains, pour pouvoir travailler à mi- temps s’il le fallait, c’est vraiment le principal. Pour s’assurer un minimum de salaire s’il veut se lancer dans la musique. Et pouvoir ainsi le faire en gardant le plaisir comme valeur principale. Autrement, comme disent les amerloques, practice, practice, practice…. son instrument.

• LG : Quelles qualités te semblent indispensable pour exercer cette profession ?

JMC : la passion , (mais cela devrait être valable pour tous les métiers), le plaisir d’échanger et d’apprendre, (parce que je pense que mes élèves m’ont tout appris). Et bien sûr , la patience.

• LG : Et pour conclure, si tu pouvais revenir dans le passé referais-tu le même parcours ?

JMC : Oui, mais cela serait-il possible ? Il faudrait alors que j’aie eu les mêmes parents super-compréhensifs, la même femme idéale toujours à m’encourager et me soutenir même dans les moments difficiles, les mêmes enfants, les mêmes copains efficaces pour les sonos, le matériel en général, toujours disponibles et généreux de leur temps. Etc… Il y a eu beaucoup de chance dans ce parcours, même si j’ai une vraie passion pour le travail et que je ne m’accorde que peu de pause.